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À l'école de l'injustice


Dans la cour de récré, j’fais l’objet de leurs moqueries Y’a les uns qui lancent des jurons pendant qu’les autres rient J’sens qu’les esprits s’échauffent, ma crainte est palpable Ils se moquent parce qu’on n’a pas la même couleur de cartable A gauche on m’provoque, à droite on m’lance des piques Très vite leur violence passe de verbale à physique Suite logique, les coups aux épaules jusqu’au buste J’me tords de douleur en murmurant « c’est injuste » J’entends au loin la directrice en train d’rigoler A se dire « ce n’est qu’une autre embrouille autour d’un goûter volé ! » De toutes les blagues du monde, j’crois que la plus belle c’est elle Elle joue si mal son rôle qu’on croirait une pub LCL Ils veulent que j’reste seul, ma face au sol Qu’on m’brûle mes ailes, que j’ferme les yeux,  que rien ne m’console Ils veulent que j’perde pied, même que je perde un bras Mais j’sais qu’ils feront moins les malins lorsque mon père viendra

J’ai vu d’autres élèves qu’on a pris pour cible et qui, comme moi, luttent Même cartable, même projet, même but Mêmes ennemis menaçants qui viennent de tous les côtés Qui choisissent de persécuter plutôt que d’nous écouter Ils sont excités comme des loups remplis d’rage Nous, au milieu, comme des proies encerclés dans des petites cages En supériorité numérique ils prennent l’avantage Si ces mecs sont mauvais en musique, ils sont bons en chantage Mis à l’épreuve et incompris, on s’serre les coudes On reste solidaires malgré tout et c’est pour ça qu’on prie Oui, aujourd’hui ça craint d’être un écolier Quand tu restes au centre et qu’il y a plus de joueurs au ballon prisonnier Alors on s’regarde et on pense à la même personne On s’encourage en attendant qu’la cloche sonne On s’ressort la même phrase quand on voit un frère qui n’va pas bien T’inquiète mec, ça ira mieux parce que notre papa vient

On veut le retour d’la justice mais ce n’est pas l’heure Les ennemis affectent notre moral par leur pâleur Les gens sont tristes ici, leur espérance est mince Comment veux-tu croquer la vie quand t’as les dents qui grincent J’ai le Prince de la paix dans mon camp Mon agresseur croit à sa victoire mais au buzzer celui qui gagne, c’est moi Et quand il m’dit « Mon p’tit c’est fini pour toi », J’lui dis « Mon cher opposant, t’inquiète pas, mon père ne tarde pas ».

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