Décryptage : Ce microphone


Ce titre est le premier vrai morceau de l’album Nuntius. Placé en deuxième piste, il vient au secours de l’auditeur qui sort tout juste d’une étrange introduction narrée en piste une. Il faut bien que quelqu’un vienne lui expliquer ces deux minutes de conte, glissées à l’improviste dans un album de rap ! Je choisis alors de le faire par étape et de découper cette fable en 10 sections-clé. Nous voici donc à la première section : la vocation du messager.


Pour donner de la vie au morceau, j’ai fait le choix de  trois grands couplets qui racontent eux-mêmes une histoire. Mon histoire. Car oui, ce rap est inspiré de faits réels. J’invite l’auditeur à se plonger avec moi dans mes souvenirs d’enfance et plus précisément dans ce lieu de concert, à l’île de La Réunion où j’ai grandi. C’était d’ailleurs une sorte de théâtre en plein air. Il faisait chaud et les gradins étaient remplis de monde. Je ne sais pas si c’était réellement mon tout premier concert mais c’est bien lui que ma mémoire place en tête de liste.


Je ne pourrais pas non plus vous dire de quel artiste il s’agissait. Tout ce que je sais, c’est que son charisme et son énergie sur scène m’ont profondément marqué. C’est cette expérience à la fois troublante et fascinante que je décris au premier couplet. Les commentaires inattendus de mes parents ont eux aussi laissé leur trace vive dans ce souvenir. L’échange post-concert que j’ai alors avec eux – raconté au deuxième couplet – constitue le thème central de ce morceau. La problématique ouvre plusieurs questions : Que fais-tu de ton talent ? Quelles sont les répercussions de ta « vocation » sur les autres ? Quel impact et quels fruits pour ton art ?


Cette notion de « responsabilité de l’artiste » me travaille constamment et ce depuis les premiers jours où je suis tombé amoureux de la musique et de l’écriture. Quand on débute en tant qu’artiste, c’est une chose d’avoir des valeurs et des convictions mais c’en est une autre que d’aller jusqu’à les partager à travers son art. L’autorité et l’assurance que nous procure « ce microphone » sont si séduisantes qu’il est finalement plus facile pour son propriétaire d’en faire un outil d’auto-glorification.


La grande ellipse narrative entre les couplets deux et trois nous amène enfin sur cette scène éclairée où l’artiste applaudi, c’est moi. Ce petit pouvoir m’est prêté le temps d’un concert, en quelque sorte. Si je décris ici un concert joué devant mes parents, la situation est la même à toutes les représentations publiques que je donne encore aujourd’hui : l’excitation du compte à rebours, l’ego un peu flatté, les mêmes repères logistiques… et les mêmes questions. Qu’est-ce que je vais faire de ce micro aujourd’hui ? Est-ce que mes paroles édifieront ce jeune spectateur sur les genoux de son papa ?


Morceaux choisis

« La lumière sur lui attise ma curiosité »

> J’ai, très tôt, développé une fascination pour les applaudissements et l’approbation du public. Ce trait de caractère peut vite devenir une idole et un danger pour plus tard.


« Bien dommage qu’ils remboursent pas c’billet Au-delà de mon temps c’est plus son talent qu’il a gaspillé »

> Non, ma mère ne parle pas comme ça en vrai ! C’était plus pour illustrer l’idée globale. Vous m’avez compris.


« Elle m’a marqué comme un vaccin lorsque tu sors de chez l’doc »

> J’introduis dès ce premier morceau la métaphore du médecin, que l’on retrouve dans le titre suivant « Simple Ordonnance » et dans « Demi-tour ».


« Il y a un batteur, des choristes, un bassiste, un pianiste, un guitariste Et moi j’suis placé ici en soliste »

> Mes premières vraies expériences scéniques ont effectivement été partagées avec des musiciens et des choristes. Elles ont eu lieu dans le sud de la France.


Musicalement,

Meak.

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