Lundi, mardi

Mis à jour : 22 janv 2019


Sur mon trajet vers Porte de Montrouge

La dame en face de moi m’regarde bizarrement

Parce que j’écris avec la tête qui bouge

Je chantonne, je rature et murmure aussi par moment

Elle fait signe à son voisin d’un geste discret

Il faudrait ptet prévenir les flics ce mec est suspect

Mais il lui dit “C’est pas la peine

J’ai vu ce type écrire dans mon wagon toute la semaine”


Car oui J’écris le lundi, mardi, mercredi

J’écris aussi l’jeudi, vendredi et samedi

Je n’écris pas le dimanche car dimanche c’est le jour

Le jour où j’fais le plein d’inspi afin d’écrire le lundi

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Pendant qu’mon casque crache hyper fort

J’performe des chiasmes et belles métaphores

J’écris des rimes à pieds, en bus et en train

J’hésite à nommer mon fiston Alexandrin

J’sens bien que l’on se moque de moi

Jésus parle si je manque de foi

Quand le charpentier agit y’a jamais d’langue de bois

Et s’ils me prennent pour un timbré

J’sens que finalement y’a que par la poésie que j’les atteindrai

Quand j’aperçois des visages hostiles

J’plonge dans mon monde de figures de style

Et mon stylo a la mine qui s’étale, qui tartine

J’ressens les mêmes inspi qu’avait Lamartine Donc j’taffe mes paragraphes

Je rappe et je note vite comme un sténographe

J’suis contorsionniste à plein temps

Car lorsque ma main tient l’crayon, c’est mon pied que j’prends

Cette fois j’la croise à Porte de Montreuil

J’écris mais j’sens le poids de son oeil

J’ai changé d’mine elle, elle a changé de fauteuil

J’vois qu’elle lève le menton pour voir c’qui est marqué sur ma feuille

Elle est curieuse mais sur ses gardes malgré tout

Elle sourit mais elle m’regarde un peu comme on regarde un fou

Et quand son fils demande “Maman,

Qu’est-ce qu’il écrit ?” elle répond “Sûrement rien d’intéressant”


Mais moi J’écris le lundi, mardi, mercredi

J’écris aussi l’jeudi, vendredi et samedi

Je n’écris pas le dimanche car dimanche c’est le jour

Le jour où j’fais le plein d’inspi afin d’écrire le lundi

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J’ai la banane, ça y’est

Déjà les yeux qui pétillent rien qu’en ouvrant l’cahier

La mine taillée, j’rédige, pas l’temps d’bâiller

Jamais fatigué, tu m’verras conjuguer même à 60 balais

Été comme hiver

J’me prends pour Baudelaire et Prévert

J’vous verse du ternaire et du binaire

J’mets Christ dans la zone comme Apollinaire

J’m’enivre de mots, 16 bars mais jamais d’alcool

Les seules fois que j’exagère c’est dans mes hyperboles

Une bonne dose de technique dans ma narration

De la litote à l’antithèse je tente tout même l’allitération

J’fais des jeux d’mots même quand j’dors

J’veux un palmarès et des grand scores

On sait qu’la poésie urbaine vit un temps fort

Chaque fois qu’on voit un mec dégainer un crayon dans les transports

Deux ans après direction Porte de Clignancourt

J’retrouve la dame et son fils encore une fois sur mon parcours

Elle m’a reconnu mais cette fois-ci y’a zéro panique

Son voyage d’aujourd’hui se fera en douceur et en musique

Une seule paire d’écouteurs pour elle et son p’tit garçon

Moitié-moitié, qu’une seule oreille et volume à fond

Discrètement j’retiens mon rire


Parce que ce sont mes textes qu’ils écoutent avec le sourire

J’écris le lundi, mardi, mercredi

J’écris aussi l’jeudi, vendredi et samedi

Je n’écris pas le dimanche car dimanche c’est le jour

Le jour où j’fais le plein d’inspi afin d’écrire le lundi

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